Les choses sont simple...

Publié le par Tistou

« Les choses sont simple. Il y a la vie et il y a la mort.
On se trouve soit dans un bord, soit dans l’autre.
Jamais dans les deux en même temps, même si la vie et la mort sont liées…
Alors vérifiez vos gestes dans vos pensées, dans vos décisions, dans votre manière d’envisager demain, vérifiez de quel côté vous êtes, et si vous ne surprenez pas de désirs, d’envies, d’illusions et de rêves, de peurs et de tendresse, si vous ne pouvez pas vous regarder en face sans vous raconter d’histoires ou accuser quelqu’un, si vous n’avez pas d’amis parmi les femmes, les hommes, les enfants et quelques animaux, si vous n’êtes pas capables de vous courber pour aimer, d’honorer sans trembler, de donner sans attendre, de vous réjouir sans jalouser, c’est que vous êtes du côté de la mort…
…Si vous êtes du côté de la mort, alors inventez vous des dieux qui vous laissent libres, des rêves qui vous élèvent, des peurs qui enseignent l’exigence, des peuples et des amis qui vous donnent l’exemple et le courage. Parlez aux fleurs, aux rivières et aux vents comme si c’était vous-même. Regardez les hommes comme des petits soleils, ayez des émotions et des admirations, laissez vous emporter par la bonté et le désir d’offrir, aimez ce qui est vivant, qui rie, qui pleure, qui chante et chantez avec eux. Ne soyez pas tendres avec votre corps, soyez bienveillants avec tout le monde, ne vous apitoyez jamais sur vous-même, prenez la douleur comme signe de vie, les ennuis comme l’écume de l’action. Les larmes ne servent qu’à nettoyer les yeux et utilisez les pour dégager votre cœur. Dîtes vous que personne ne peut rien pour vous, que personne n’est la cause de vos manques et de vos souffrances, que vous êtes seul à décider si vous êtes du manger pour la mort ou du manger pour la vie.
Créer vous une richesse qui n’a rien à voir avec les biens de ce monde, faites battre votre cœur et votre esprit. Aimez la solitude comme on va vers les autres, conservez le silence comme on prend la parole. Tombez quand il le faut, mais ne restez jamais à terre. Changez tous les jours, et restez ce que vous êtes dans ce changement qui va. Cherchez chaque jour quelque chose à apprécier, quelque chose à célébrer, quelque chose à construire.
Là où il n’y a pas d’hommes, soyez des hommes ; là où il y a des hommes, soyez des frères ; là où il y a des frères, soyez des pairs. Soyez dans rien pour être dans tout.
Là où l’on prie, écoutez ce qui monte, là où on ne prie pas, voyez ce qui se fait. Là où l’on aime, aimez plus que tout au monde. Là où on n’aime pas, chérissez la beauté, gardez un œil sur vous, un œil qui doit vous trouver beau !
Faites de manière impeccable ce que vous pouvez faire, et ça, vous le pouvez !
Et je vous dis, sacrés morpions ! La mort n’aime pas ces manières là ! »

Patrick Chamoiseau dans La bible des derniers gestes (Gallimard).

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Publié dans Babillage

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