L’ours, l’homme et le renard - FRANCE

Publié le par Tistou

Des abeilles avaient caché leur ruche dans la fente d’un tronc d’arbre, celle-ci étant maintenue en entrouverte par un coin enfoncé par des bûcherons.
Un ours sentit le miel dont il était friand et il essaya de fourrer son museau dans la fente. Il échoua. Il glissa ensuite sa patte, secoua et secoua tant que le coin tomba, coinçant la patte de l’ours dans la fente brusquement resserré. L’ours grogna, tira, poussa, mais rien n’y fit. Il était bel et bien prisonnier.
Un paysan vint à passer. Quant il fut à sa hauteur, l’ours se fit… tout miel.
 Délivre-moi, je t’en prie, gémit-il.
 C’est hors de question, dit l’homme. Si je te délivre, tu vas me manger.
 Mais non, je ne te mangerai pas ! Je te le promets !
 Si, tu me mangeras ! Je te connais !
 Non, non ! Je ne te mangerai pas ! Répéta l’ours.
Il insista tant, que finalement, l’homme se laissa convaincre et le délivra. Libéré, l’ours s’étira et regarda l’homme de ses petits yeux brillants.
 J’ai faim, dit-il. J’ai tellement faim que j’ai bien envie de te manger…
 Ah, non ! Cria l’homme. Tu as promis !
 Oh, mais j’ai tellement faim… répéta l’ours, menaçant.
 écoute, nous allons interroger les trois premiers animaux qui passent et ils diront si tu dois me manger ou non, proposa l’homme.
 Oui… d’accord, dit l’ours.
Le premier animal qui arrivait sur le chemin était le cheval. L’homme l’arrêta et lui expliqua :
 L’ours était prisonnier, je l’ai délivré, et maintenant il veut me manger. Qu’en penses-tu ? demanda l’homme.
 Oh… cet homme, je le connais bien, répondit le cheval. Pendant vingt ans, j’ai tiré sa charrue, sa charrette, je l’ai transporté partout sur mon dos. Maintenant que je suis vieux, il me laisse mourir misérablement dans un pré tout sec. Va, tu peux bien le manger !
 Humm… marmonna l’homme, voyons le suivant.
Le suivant, c’était le chien. La demande et la question furent presque les mêmes.
 Maintenant que je suis vieux et que je ne peux plus le servir, cet homme me laisse mourir de faim à sa porte. Mange-le donc !
 Tu vois… dit l’ours goguenard.
Mais il fallait attendre le troisième animal. C’était le renard.
 Renard, dit l’homme, j’ai libéré l’ours qui était pris ici, et en guise de récompense, il veut me manger. Qu’en penses-tu ?
 Je n’ai rien compris, dit le renard. Expliquez-moi mieux. Où était l’ours ?
On lui montra.
 Je ne vois pas bien… Où était sa patte ?
L’ours glissa de nouveau sa patte dans la fente. Tout en clignant de l’oeil en direction de l’homme, le renard enleva prestement le coin et l’ours se retrouva prisonnier !
Le renard demanda une récompense à l’homme pour l’avoir sauvé des dents de l’ours.
 D’accord ! Viens demain à la maison et je te donnerai trois poules.
Le lendemain, le renard se présenta chez l’homme qui lui tendit un sac. C’était lourd ! Ça gigotait à l’intérieur ! Le renard mit le sac sur le dos et traversa la forêt pour rentrer à son terrier. En route, il eut faim. Il avait de plus en plus envie de manger une des poules. N’y tenant plus, il s’arrêta, posa le sac à terre, commença à l’ouvrir, et du sac bondit un énorme chien !
Le chien réussit à accrocher seulement quelques poils de la queue du renard qui avait pu s’échapper. C’est depuis ce temps-là qu’on rapporte que le renard se méfie tant de l’homme…


Michel Bournaud - 21 contes d’ours
Castor Poche – Flammarion
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